Arbres

Extraits de l’autobiographie de Frank Horvat et de la préface d’un ouvrage The Tree, édition Aurum

LA GENÈSE

En automne 1970, j’avais fait des photos de mode sur la côte sud, avec une équipe du magazine Elle. Nous en profitâmes pour faire une excursion dans le Haut Var, où l’une des filles avait des amis peintres. Pour nous montrer le pays, ceux-ci nous promenèrent sur un chemin de terre qui me parut interminable et qui aboutissait à une bâtisse en ruine, surplombant une pente autrefois aménagée en terrasses. De là, la vue s’étendait sur une succession de collines boisées.(…) La propriété avait été abandonnée après l’hiver 1956 et son propriétaire venait de la mettre en vente. Je crois que je sus immédiatement qu’elle m’était destinée. Une semaine plus tard je signai l’acte, le mois d’après j’engageai des maçons pour la restaurer et l’année suivante j’y passai un premier été avec ma compagne, qui s’y attacha tant que nous la baptisâmes de son prénom: La Véronique.

LE DÉCLIC

Oui, les arbres ont pour moi une signification particulière. Ce fut autour de ma maison de Cotignac, en élaguant les chênes verts, les chênes blancs, les genévriers et les pins, que je retrouvai le souvenir des lauriers et des bambous de ma petite enfance sur l’Adriatique. Et ce fut à partir de ces souvenirs de feuillages et de branches, que je parvins à reconstruire, certains fragments de cette enfance enterrée. Comme si les arbres avaient été un miroir dans lequel je me serais perdu et face auquel, quarante-cinq ans plus tard, je me serais un peu redécouvert. L’hiver suivant, je décidai d’entreprendre un travail photographique sur les arbres, mais ce ne fut que bien plus tard que je pris conscience du lien entre ce projet et ce que l’on pourrait appeler ma « dendro-analyse » d’un été.

LE SUJET ET L’AUTEUR

À première vue, les arbres peuvent paraître un sujet facile. Ils sont bien plus nombreux – du moins dans nos climats – que les humains ou les bêtes. On peut les photographier sans risque, même pas celui qu’ils se rebiffent ou s’échappent. On peut les montrer en photo sans offusquer personne, sans contrevenir aux normes du politiquement correct et en se rangeant, au contraire, sous l’irréprochable bannière de l’écologie. Mais malgré cela il me fallut des années d’acharnement, des centaines de bobines de Kodachrome et des milliers de kilomètres de route pour réunir assez de bonnes images pour en faire un livre. 
Des considérations de cette sorte n’auraient pas trouvé leur place dans une revue d’actualité, et moins encore dans un magazine de mode. Mais ce fut justement ce changement d’audience qui me donna le sentiment d’avoir changé de statut. Je n’étais plus (ou plus seulement) photojournaliste ou photographe de mode, mais auteur. J’étais mon propre commanditaire, avec toutes les responsabilités, les incertitudes, les espoirs de réussite et les craintes d’échec que ce double rôle comportait.(…) 

CRITÈRES DE CHOIX

Les belles régions de France ne manquent pas d’arbres, et beaucoup auraient comblé mes désirs, si seulement j’avais pu les détourer avec Photoshop… Mais nous étions en 1976, et de telles manipulations étaient encore trop impensables. (…) Il y avait pire, notamment la ligne de l’horizon, quand elle traversait l’arbre et transparaissait à travers les branches, de sorte qu’une moitié du fond était bleue et l’autre verte. Je détestais également le plein soleil, qui grillait certaines parties de ma photo et en laissait d’autres dans le noir, les premières aussi peu lisibles que les secondes. Il ne me restait alors qu’à attendre un nuage providentiel. J’ai fini par trouver des arbres exempts de toute contre-indication et dont les photos sont des réussites, ce qui prouverait – a contrario – la validité de mes critères, un peu comme les exceptions confirment la règle.

Photo : 1976, Lozère, ash tree in the…

Au début, (…) il m’arrivait souvent de voir des arbres qui me paraissaient dignes d’être pris en photo: mais dès que je les cadrais dans le viseur, leurs feuillages se confondaient avec d’autres, au premier plan ou dans le fond, dont l’objectif ne les isolait pas autant que ne les avait isolé mon esprit. J’avais déjà décidé – plus ou moins consciemment – que je ne cherchais pas tant des effets décoratifs que des portraits d’arbres. Il faut penser que cette « grille » était déjà assez délibérément mise en place, quand je pris la route pour un premier tour en Bourgogne, en Touraine, en Dordogne, en Lozère et en Ardèche. 

Livres Références

“A hauteur d’arbres” / La Martinière

“Arbres” / Imprimerie nationale

“The tree” / Aurum Press

 

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