New-York Up and Down

Extraits de l’autobiographie de Frank Horvat

NEW YORK OU L’EXPLORATION DE LA COULEUR

New York up and down n’est pas vraiment de la « photo de rue ». (…) New York up and down est « romantique », parce que mon regard y était plus impliqué, comme si j’avais voulu à chaque fois m’immerger dans le sujet – même s’il ne s’agissait que d’une flaque d’eau ou d’une tâche sur l’asphalte!. (…)
La ville de New York, pour moi, a toujours été « romantique » dans le sens courant, c’est-à-dire celui d’un engagement émotionnel (ou plutôt, au long des décennies successives, d’une suite d’engagements et d’émotions). (…)
J’y ai atterri pour la première fois en 1959, pour rencontrer les directeurs artistiques de Glamour et de Harper’s Bazaar, mais aussi pour retrouver une jeune femme que j’avais rencontrée à Paris et qui avait pris beaucoup d’importance dans ma vie. Ses descriptions de Times Square, de la 42ème rue et de la Lower East Side avaient peuplé mon imagination. (…)
Entre ce soir de 1959 et le début de mon projet en 1982, je suis retourné à  New York une centaine de fois, le plus souvent pour faire des photos de mode, mais en général seulement pour deux ou trois semaines. J’ai cependant compté que ces séjours, mis bout à bout, correspondraient à une durée de deux ans, l’équivalent des années que j’ai vécu en Suisse, en Italie, en Inde ou en Angleterre .Mais si le temps se mesurait d’après l’intensité des émotions, celui de New York compterait double… C’est ce que j’ai voulu suggérer par « up and down« . 
Les hauts et les bas de New York ne sont pas que les alternances entre Uptown et Downtown, entre la claustrophobie du subway et la vue depuis les derniers étages des gratte-ciels, entre les températures de janvier et celles de juillet. Mais aussi les retournements, d’un jour au lendemain et parfois d’une minute à la prochaine, entre la déception et l’exaltation, le triomphe et l’échec, la plénitude et la solitude.
Je ne me doutais pas que ce deviendrait – surtout – une exploration de la couleur. Et moins encore que je ressentirais – cette fois-ci – les hauts et les bas de New York dans ma propre chair, ou plus précisément dans les tissus de mes cornées et de mes rétines.

Extraits du carnet de bord de Frank Horvat pendant ses séjour à New York pour “New York up and Down”

Je photographie avec un objectif de 85 mm, ouvrant à 1.4, et avec un viseur HP, assez lumineux pour me permettre encore de faire la mise au point sans lunettes. Mais le Nikon, avec ces accessoires, est voyant. Un monsieur bien intentionné m’a prévenu: « Watch out for your camera in this area! ».(…)
Ce qui est propre à New York, mais difficile à rendre en photo, est la multiplicité des chocs visuels. Isolés par le cadrage, la façade ou le passant qui ont attiré mon regard ne produiront peut-être plus le même effet. Mais mêlés aux voitures, à la foule, à la signalétique urbaine et aux affiches, ils risquent d’être noyés dans la cacophonie des couleurs, ou trahis par le flou photographique.(…) 
Combien de photos seront nettes et correctement exposées? Et surtout: combien diront quelque chose qui ressemble à mon dépaysement? C’est toujours le même problème, comme quand je faisais mes premières photos en Inde: il ne suffit pas d’être dépaysé pour que la photo soit dépaysante.(…) 
Dans mes photos en noir-et-blanc, je cherchais des instants qui « racontent des histoires ». À New York, je cherche des « instants-couleurs ». Mais je ne sais pas très bien ce que cela veut dire (peut-être un peintre saurait…). Je sais qu’il ne suffit pas que les couleurs se composent harmonieusement.  Il faut peut-être que l’harmonie paraisse assez instable pour que l’instant soit perçu comme précieux. Et peut-être aussi (Cartier-Bresson oblige!) que l’harmonie ou la désharmonie correspondent à un sens. 

 

Photo :  New York sous la neige

Ce matin, à sept heures, j’ai vu New York sans voiture. Celles qui restaient étaient sous 50 cm de neige, parfois coincées au milieu d’un carrefour et abandonnées par leurs conducteurs. J’ai pu me mettre en plein milieu et y rester tant que je voulais – c’était comme dans un rêve. La difficulté, encore une fois, était de dépasser mon dépaysement: 

Livre référence

“Side walks” / Xavier Barral
est disponible à la librairie Millepages à Vincennes

 

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