70ans de Photographies

Extraits de l’autobiographie de Frank Horvat

DÉBUT DU REPORTAGE

“La photographie, pour moi, c’était le photo-reportage. Il fallait que mes photos racontent des histoires, comme celles que les rédacteurs de la Berliner Illustrierte, réfugiés à New York pendant la guerre, avaient enseigné à raconter aux rédacteurs de Life, et que maintenant tous les magazines cherchaient à imiter. Avec un début, un milieu, une fin et une légende sous chaque photo, de sorte que des lecteurs encore peu habitués à ce langage visuel puissent se représenter le monde, que les magazines se vendent et que leurs collaborateurs soient convenablement rétribués.
En fait je commençai mes voyages par le Pakistan, dont j’avais entendu dire que les autorités, déjà alors conscientes de la mauvaise image de leur pays, mais croyant encore pouvoir y remédier, offraient des facilités aux journalistes. Je débarquai à Karachi un jour d’avril 1952. Ce voyage a été le vrai point de départ de mon parcours de photographe. Certaines photos sont déjà caractéristiques d’un style – si par ce terme on n’entend pas une formule délibérément adoptée, mais l’ensemble des limites (et des faiblesses) dont un artiste ne pourrait se défaire, même s’il le voulait.”

PHOTO Lahore, Pakistan : Heera Mandi, a young dancer

“Un de mes premiers reportages fut sur Hira Mandi, le quartier des danseuses et des prostituées, qui devint un bestseller. Je m’y promenais souvent, ne fût-ce que parce que c’était le seul endroit où les femmes n’étaient pas en purdah et me regardaient en face, tout en se détournant dès qu’elles apercevaient mon appareil. Une nuit, je les trouvais rassemblées pour une fête, autour des reines de beauté locales parées de leurs bijoux et pour une fois pas réticentes à l’objectif. Mais la lumière des lampes à pétrole ne suffisait pas pour photographier leurs danses. Je hélais une tonga pour aller chercher le flash électronique,(…) mais à mon retour la fête continuait et les belles (ou leurs protecteurs) n’objectèrent pas trop à mes éclairs. C’est à cette transgression de la doctrine cartier-bressonienne que je dois le gros plan de la petite prostituée de peut-être douze ans, qui parut sur de nombreuses couvertures de magazines. Je me demande si elles tombèrent jamais sous ses yeux.”

Extraits de l’autobiographie de Frank Horvat

NB, COULEUR ET ÉVOLUTION

“Je crois avoir assez bien assimilé les lois de composition du noir-et-blanc, de les avoir intériorisées, ou inscrites dans mon programme. Je sais ordonner les formes, la lumière, les expressions, un peu comme je place les mots dans une phrase. Mais la couleur obéit à d’autres lois, exige d’autres équilibres, que je commence seulement à connaître et que je ne sais pas toujours percevoir. (…)
Dans mes photos en noir-et-blanc, je cherchais des instants qui « racontent des histoires ». (…) Je sais qu’il ne suffit pas que les couleurs se composent harmonieusement.  Il faut peut-être que l’harmonie paraisse assez instable pour que l’instant soit perçu comme précieux.(…) 
Je commence à comprendre une vérité fondamentale :  il ne faut pas jouer le jeu du sujet, pas essayer de montrer la beauté d’une femme, l’esprit d’une ville ou la signification d’un contexte – si ce n’est pour exprimer ses propres obsessions. Si la femme ou la ville ou le contexte veulent bien en faire partie, ce sera tant mieux pour eux (et pour le spectateur qui les verra par ce biais). C’est peut-être (…) une autre manière de comprendre la leçon de Cartier-Bresson.”(…)
En revoyant mes planches de contact d’il y a 50 ou 60 ans, sur lesquelles on distingue encore les traits au crayon rouge, par lesquels je marquais mes préférences, j’ai le sentiment que mes critères de composition n’ont pas changé. Mais ce qui a changé est mon interprétation de ce que je photographiais: le style d’une voiture ou d’une coiffure, qui alors me semblait anodin, peut maintenant me sembler bizarre – ou du moins caractéristique de l’époque.

PHOTO METRO NEW-YORK : 1982, NY, USA, subway at rush hour

“Avant de photographier les gens dans le métro, Bruce Davidson leur demande un accord écrit. J’admire son courage et je comprends son idée d’assumer, face aux « sujets », son rôle de photographe. Mais je ne pourrais faire comme lui. (…) . Je préfère me croire invisible, imaginer que le bruit de mes déclics est couvert par ceux de la rue, me sentir glisser dans un monde parallèle au leur…”

 

Livres références

“Photopoche Frank Horvat” / Actes Sud

 

 “La maison aux quinze clés” / Terre Bleue

 

“Photographic Autobiogaphy” / Hatje Cantz

 

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