par | 5 Mar 2019

Sujet fascinant pour professionnels et amateurs, objet de prestigieux concours, la photographie animalière connaît un développement continu, portée par le progrès technique et les enjeux éthiques et écologiques.

L’homme et l’animal, une relation millénaire

Présent depuis les origines de l’art, ainsi que le montrent les peintures rupestres des grottes Nerja (Andalousie, – 42 000 ans) ou Chauvet (- 37 000), l’animal est représenté dans pratiquement toutes les civilisations, et ce sur de multiples supports: os, mosaïque, métal, pierre, parchemin…. Dans ces temps où la proximité des animaux et des hommes suscitaient pour ces derniers à la fois fascination et effroi, il devenait logique que l’iconographie animalière soit la première, la plus répandue et celle présentant la plus grande variété de formes.

Mais lorsque la technologie photographique fera son apparition au 19ème siècle, il faudra du temps pour capter et intégrer le monde animal à cette nouvelle forme de mise en images.

Photographier l’animal : des contraintes techniques spécifiques

Lourds et encombrants, les premiers appareils demandaient en effet des temps de pose atteignant parfois plusieurs heures (une demi-journée en 1820 pour Nicéphore Niepce, inventeur du médium), rendant impossible toute captation de la présence de l’animal, sujet par nature mouvant. Aussi la photographie des origines se focalise-t-elle sur des sujets présentant une mobilité réduite – portraits, paysages, reproduction d’objets fixes.

Dès lors, ce n’est que dans les années 1850 que la photographie animalière commence à se développer. Encore s’agit-il d’animaux inertes… c’est-à-dire abattus pour les besoins du photographe, parfois empaillés dans un souci de véracité. Ainsi, muni d’une caméra stéréoscopique, appareil rassemblant deux chambres photographiques, l’explorateur James Chapman ramène-t-il en 1862 plus de deux cents clichés de son expédition au Zambèze. Il faudra attendre 1870 pour que les premières photos d’animaux vivants soient réalisées, selon une technique cependant des plus artisanales : il s’agissait alors de donner un coup de sifflet afin que l’animal marque un temps d’arrêt. Les sujets étaient donc uniquement constitués d’animaux captifs de cirques ou zoos.

Naissance de la chasse photographique

La photographie animalière prend véritablement son essor en 1882, à la suite de deux inventions d’Etienne Jules Marey, médecin et physiologiste français, bricoleur de génie, passionné par la locomotion animale. La même année, Marey développe à la fois la chronophotographie et le fusil photographique, permettant enfin de photographier la faune à l’état sauvage.

Procédé encore utilisé de nos jours, la chronophotographie consiste à prendre en rafale des instantanés sur une plaque fixe de verre enduite de gélatinobromure, avec un appareil de prise de vues muni d’un seul objectif. Parallèlement, le fusil photographique, léger et mobile, mis au point en collaboration avec le fabriquant parisien d’obturateurs Otto Lund, permet-il de réaliser douze poses d’1/720e de seconde chacune, autorisant ainsi le suivi d’un mouvement particulièrement rapide.

Etienne Jules Marey, Pélican volant, chronophotographie sur plaque fixe, 1877.

Au tournant du 20e siècle, les obturateurs se font plus rapides (jusqu’à 1/1000e de seconde en 1930), la taille et le poids des appareils se réduisent, permettant ainsi aux naturalistes d’emporter leur matériel sur le terrain.

Se développant simultanément en Europe et aux États-Unis – le plus souvent au mépris le plus total de la sécurité de son exécutant – la chasse photographique naît dans les falaises, au fond des bois, dans les prairies, parcs et étangs. Passionnés d’oiseaux, les britanniques Richard et Cherry Kearton photographient ainsi, en 1892 et pour la première fois, un nid portant des œufs, et publient en 1898 With Nature and a Camera, livre illustré de 160 clichés. De même, dès 1905, la National Geographic Society commence, en véritable pionnière, à publier des photographies spectaculaires pour illustrer ses bulletins.

Le matériel de prise de vue se perfectionnant peu à peu – les films remplaçant notamment les plaques de verre – le chasseur d’images peut désormais se dissimuler, se camoufler et approcher au plus près son sujet.

Éléphant du Cameroun photographié à neuf mètres de distance par le Docteur Gromier vers 1900. Image issue du livre de Laurent Arthur, Pionniers de la photographie animalière, 1888-1933, éditions Pôles d’image.

Parallèlement à cette professionnalisation des photographes naturalistes se développe une véritable éthique, s’opposant aux abattages, pillages de nids ou piégeages en tous genres. Plus encore, chaque grand maître de l’image animalière va chercher à mettre l’accent sur la sauvegarde d’une espèce à laquelle il est particulièrement attaché. Dugmore se fera ainsi porte-parole des castors, Berg défendra les rhinocéros unicornes, Schillings les éléphants et les marabouts, obtenant, en 1900 à Londres, des mesures de protection de cet échassier. En Inde, Fréderick Champion réalise à partir de 1924 une impressionnante quantité de prises de vues de fauves, principalement nocturnes.

À partir de la seconde moitié du 21e siècle, les avancées technologiques s’accélèrent : perfectionnement en 1950 du fusil photographique par Jean Dragesco, production en série à partir des années 70 de téléobjectifs performants par Konica, Nikon, Canon, Pentax ou Minolta, miniaturisation des appareils et augmentation constante de leurs performances, à quoi s’ajoute la révolution numérique. Désormais à la portée de tous, la photographie animalière n’a pas fini de séduire…

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par Séverine BILLOT

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par Séverine BILLOT

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