par | 16 Avr 2019

Initialement statique, la photographie sportive s’est progressivement transformée en une photographie prise en mouvement. D’une simple photographie représentant un sport, elle est devenue un objet d’expérimentation, entre reportages, reproduction et immortalisation de l’évènement sportif.

La reproduction du mouvement.

Les premiers clichés sportifs voués à reproduire le mouvement sont nés dans les années 1840, dans le but de montrer le sport. La première image sportive a été prise au temps du calotype, le premier procédé négatif-positif. Durée d’exposition longue et tirage grâce au sels d’argent et au sel de cuisine, un procédé antérieur à la photographie argentique telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Le principe est simple : représenter le sport par la reproduction d’un mouvement. Le sujet, un athlète, tâche de reproduire le mouvement de son jeu, alors qu’il est photographié. Tout le principe doit respecter temps d’exposition, luminosité, et tirage, c’est également pour cela que la photographie se fait en studio.

[Photographie de M. Laine, joueur de Tennis – David Octavius Hill & Robert Adamson (1843) – © National Galleries of Scotland – BM]

 

La photographie sportive devient également un support à la recherche scientifique, en cela qu’elle permet une nouvelle approche du mouvement, une nouvelle étude physiologique des êtres humains, un nouveau moyen d’observer ce qui était impossible à l’oeil nu. La décomposition du mouvement permet d’appréhender le geste sportif. Le sport et la possibilité de capter la décomposition du mouvement en lui-même deviennent alors possible grâce à l’invention de la chronophotographie, procédé inventé par le médecin et physiologiste Etienne-Jules Marey en 1882. La chronophotographie consiste à prendre en rafale un objet mouvant sur une même plaque de verre enduite de gélatinobromure, avec un appareil fixe muni d’un seul objectif. Le sujet photographié, lui, se meut devant un fond noir et doit être le plus clair possible afin de ne pas se confondre avec l’arrière-plan.

[Saut d’un homme, chronophotographie sur plaque fixe, Etienne-Jules Marey (1886)]

La technique de chronophotographie permet une avancée significative, tant dans la recherche médicale que dans la pratique du sport. Elle est également facilité grâce à la commercialisation en 1884 des premiers rouleaux de pellicule en celluloïd transparents et flexibles inventés par l’américain George Eastman. De plus, ce procédé annonce le cinéma des frères Lumières.

La photographie sportive évolue avec la technologie

Grâce aux avancées technologiques et aux nouvelles inventions, la photographie de sport devient un véritable moyen de témoigner de l’exploit ou d’immortaliser l’événement sportif. Les athlètes deviennent des célébrités grâce à l’apparition des revues consacrées à l’actualité sportive ; telle que “La Vie au Grand Air” (1908), une revue composée à 70% de photos, qui entraîne la popularisation de l’image sportive et que l’on peut considérer comme précurseur aux magazines d’aujourd’hui.
L’apparition des appareils photos portatifs à pellicules (Leica – 1925) permet la prise de clichés instantanés à la lumière naturelle et offre aux photographes plus de libertés dans la composition de leurs images.
Les évolutions technologiques successives offrent un moyen unique de mettre en scène le sport en alliant rapidité et précision lors de la prise de vue. L’arrivée de flashs miniaturisés (flash cobra) ouvre les possibilités de saisir et de partager les émotions fugaces. Tel qu’on peut notamment le voir lors des événements comme les Jeux Olympique de Berlin, en 1936.

[Jeux Olympique de Berlin, un athlète noir américain remporte l’épreuve de saut en longueur devant un athlète allemand – Rübeit Lothar (1936) – © CIO]

L’évolution et l’innovation technologique, mais également l’évolution de la technique permettent, outre de figer l’instant sportif, pour y donner un air d’hyper-réalisme. Les photographies sportives deviennent des témoins de l’actualité et tendent même à véhiculer des messages, des valeurs par la captation des expressions et des émotions.

La photographie sportive permet de figer un sportif à la recherche de la performance, de donner à voir le sport en mouvement, l’action ou le finish.

Donner à voir l’extraordinaire – la performance, ouverture du champ artistique, sublimer le sport (actuellement, via robot ou drone).

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par Sophie Renat

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