par | 19 Mar 2019

La photographie en noir et blanc, ou photographie monochrome est aujourd’hui tout autant prisée que la photographie couleur. Quand bien même l’évolution des procédés et techniques permettent aujourd’hui de capter la vie en couleur.

Des techniques connues depuis l’antiquité.

La photographie est née des multiples innovations techniques et technologiques issues de l’optique, de la chimie, de l’électricité, ou encore de l’informatique, etc. toutefois, c’est bien grâce à la chambre noire (camera obscura) et aux phénomènes de réflexion et de réfraction de la lumière qu’il est possible d’obtenir des images photographiques.

La chambre noire est née des réflexions d’Aristote (384-322 av. J-C) et son invention est attribuée au scientifique perse, considéré comme le père de l’optique moderne, Ibn al-Haytham (965-1039). Le principe était simple : il était nécessaire de percer une ouverture (sténopé) dans une boite fermée et obscure afin d’y faire pénétrer la lumière. L’image y apparaissait alors inversée.
Aristote utilisait celle-ci pour observer les éclipses solaires dans une pièce sombre. Avant lui le philosophe chinois Mo Ti (env. 472-391 av. J-C) observait le phénomène des rayons lumineux et l’inversion de l’image des objets, produits par les rayons lumineux se propageant par un petit orifice (sténopé) dans une boîte.
Cette technique a ensuite été utilisé par plusieurs scientifiques et peintres célèbres, tels Léonard de Vinci (1452-1519), Vermeer (1632-1675), Canaletto (1697-1768) pour mettre en perspective paysages, détails de portrait, etc. dans leurs tableaux.

Illustration du principe de chambre noir

La Renaissance permet également d’améliorer le dispositif. En effet, le cardinal Daniele Barbaro (1514-1570) écrit un traité d’optique à destination des architectes et des artistes : La practica della perspettiva (1568 – « Pratique de la Perspective »). Ledit traité intègre au dispositif l’utilisation d’un miroir, permettant de redresser l’image initialement inversée, ainsi qu’une lentille située sur le sténopé, donnant à l’image plus de netteté.
Cependant malgré les améliorations du principe de chambre noire, l’image représentée reste éphémère. Alors faut-il attendre la redécouverte par Johann Heinrich Schulze (1687-1744) de l’effet de la lumière sur le chlorure d’argent, par réaction chimique, pour que l’image se fixe sur une surface sensible.


Histoire de la première photographie

 

Aujourd’hui l’histoire veut que la naissance de la photographie soit liée aux recherches de Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851) et l’invention du daguerréotype. Cette « découverte » annoncée par le scientifique et homme politique François Arago (1786-1853) à l’Académie des Sciences, le 7 janvier 1832, marque le début de l’engouement photographique.
Toutefois, la première photo réalisée est antérieure à la démonstration de Daguerre et de son daguerréotype à Arago. En effet, en 1826, le premier procédé photographique – ou héliographie – est inventée par Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833)

Première photographie de l’histoire – Point de vue du Gras – cours du domaine du Gras, à Saint-Loup-de-Varennes – Joseph Nicéphore Niépce (1826)

L’image était obtenue par l’application de bitume de Judée sur une plaque d’argent, l’action du soleil permettant de faire durcir la solution après un temps de pose de plusieurs jours.
Par la suite, en 1829, Niépce associe Daguerre à ses recherches, son procédé est alors amélioré par l’utilisation de l’essence de lavande distillée. Cette seconde technique mise au point en 1832 permet de réduire le temps de pose à une journée.

A la mort de Niépce, en 1833, Daguerre continue les travaux et invente donc en 1838 le daguerréotype, premier procédé photographique comportant une phase de développement. Le procédé gagne alors en temps : une plaque d’argent recouverte d’une fine couche d’iodure d’argent est exposée dans une chambre obscure, puis soumise à des vapeurs de mercure provoquant l’apparition de l’image latente invisible formée au cours de l’exposition à la lumière. Ce développement représente alors une telle amplification de l’effet de la lumière, que le temps de pose ne dépasse pas 30 minutes. La fixation de l’image est par la suite obtenue par immersion dans de l’eau saturée en sel marin. L’ancêtre du développement de la photographie argentique en chambre noire est né !

S’ensuivent alors de nombreuses recherches à l’échelle européenne pour toujours améliorer le procédé photographique et la captation des images, jusqu’à la vulgarisation de l’utilisation de photographie argentique utilisée dès la fin du XIXème.

Pourquoi la photographie en N&B est-elle toujours aussi prisée aujourd’hui ?

Les innovations et inventions de la photographie depuis 1828 ont permis, tout d’abord dès 1869 de faire apparaître le principe de photographique en couleurs, puis au XXIème siècle de la faire entrer dans l’ère numérique.
Toutefois, malgré ces innovations la photographie en noir et blanc reste encore aujourd’hui une technique prisée par de nombreux photographes. Les différences techniques et visuelles qu’offrent la photographie en noir et blanc vis-à-vis de la photographie en couleur y sont certainement pour beaucoup. De fait, un photographe produisant des photographie couleurs se concentrera davantage sur la lumière et sur l’arrangement des couleurs ; alors qu’un photographe de noir et blanc accordera davantage d’importance à la lumière, les couleurs étant retranscrites en niveau de gris celles-ci n’auront qu’un faible impact direct sur la photographie en elle-même.

Pour beaucoup, la photographie en noir et blanc représente davantage l’unité esthétique comparée à une photographie couleur. Le jeu des luminosités, le jeu du post-traitement et du tirage en chambre noir (pour la photographie argentique) permettent de transposer l’image au plus juste des attentes du photographe.

Place de l’Europe, gare Saint-Lazare, Paris, 1932. / Henri Cartier-Bresson/Magnum, Courtesy Fondation HCB

Bien évidemment, prise de vue, développement ou post-traitement (selon que l’appareil soit à pellicules ou numériques) demeurent les principales étapes d’attention de l’œil du photographe.

Et si aujourd’hui la photographie a intégré la classification des arts, en tant que 8ème art majeur (arts médiatiques), c’est bien parce que l’évolution du procédé premier et les innovations successives font de ce « nouveau » moyen de représentation de la vie un véhicule de messages, de sensibilités et de beauté (que ce soit en couleur ou en noir et blanc).

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par Sophie RENAT

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par Sophie RENAT

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