par | 9 Avr 2019

La photographie d’architecture, simple reproduction de l’œuvre d’un architecte ou œuvre d’art en elle-même ? Selon son époque et sa propre démarche, chaque photographe a apporté sa réponse à cette question.

Un objectif documentaire

Dès ses débuts, la photographie s’intéresse à l’architecture. Dans un premier temps, elle sert à documenter le patrimoine. En France par exemple, en 1851, la Commission des monuments historiques charge cinq photographes de prendre des clichés de 175 monuments. Objectif : faciliter le travail des architectes qui les restaureront. Par ailleurs, à la même époque, de nombreux services municipaux et des constructeurs font appel à la photographie pour enrichir leurs archives avec des images montrant la construction de grands édifices, comme celle de la Tour Eiffel.

Construction de la Tour Eiffel – 1888

 

Rapidement, les photographes vont s’intéresser à la modernité et aux mutations de la ville. A Paris au début du 20ème siècle, Eugène Atget immortalise les quartiers anciens de la capitale, photographiant les façades, les cours, le mobilier urbain… Si, au départ, ses photographies ont une visée documentaire, Eugène Atget a développé un regard si personnel qu’elles sont reconnues comme des œuvres d’art.

Prison Sainte Pélagie Eugène Atget  –  1898

Autre démarche, toujours à visée documentaire, Bernd et Hilla Becher dans les années 60 réalisent des inventaires-ou typologies-de bâtiments industriels. Châteaux d’eau, silos ou encore gazomètres sont ainsi photographiés avec un protocole à la rigueur scientifique : même cadrage frontal, même lumière diffuse, les images sont décontextualisées et présentées en grille, par neuf douze ou quinze. Les bâtiments peuvent ainsi être comparés, leurs différences et leurs analogies étant mises en évidence. Il a fallu du temps pour que cette démarche soit considérée comme une œuvre photographique : en 1990, le couple reçoit le prix d’architecture à la biennale de Venise. Mais en 2004, c’est bien l’acte photographique que la Fondation Hasselblat récompense en leur dédiant son prix international.

La gare de Toulon, Edouard Baldus – 1959

Interprétation ou réinterprétation ?

Certains voient la photographie comme une interprétation de l’œuvre de l’architecte, comme un musicien interpréterait les partitions d’un compositeur. C’est l’image qu’utilise Lucien Hervé pour qualifier sa démarche. Connu pour avoir été le photographe attitré de Le Corbusier entre 1950 et 1965,  il cherche à rendre l’essence du bâtiment à travers des détails ou des jeux d’ombre et de lumière.
D’autres réinterprètent l’architecture. Certains interviennent directement sur celle-ci, comme Georges Rousse, qui peint des lieux promis à la destruction avant de les photographier. Stéphane Couturier, lui, agit sur ses images :  il en superpose deux et choisit les détails qu’il laisse apparaître ou disparaître.

Aujourd’hui, deux pratiques principales coexistent : d’une part une démarche esthétisante destinée aux revues spécialisées et, d’autre part, une démarche de réinterprétation de l’architecture par le photographe, aidé par les possibilités offertes par le numérique.

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par Leslie Courbon

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