The_situation_room

par | 27 Nov, 2020

Le poing levé sur le podium des JO Mexico de 1968 ou la photo « choc » qui transforme l’image du sport en manifestation anti-raciale.

Pour mieux interpréter l’impact de cette photo emblématique, remettons-nous dans le contexte de l’époque où le racisme est très présent aux Etats-Unis. Le Civil Right Act voté en 1964 pour mettre fin aux ségrégations et discriminations raciales, n’a rien changé aux mentalités. Le climat est à la lutte et au combat et plusieurs organisations politiques antiracistes se créent, comme les Black Panther en 1966. Deux ans plus tard, à quelques mois des Jeux Olympiques, la situation se crispe encore un peu plus avec l’assassinat de Martin Luther King, personnage iconique de la défense des droits civiques des noirs américains. Les tensions vont crescendo lorsque que l’Olympia Project for Human Rights, association cofondée par le sprinter Tommie Smith et dont les actions luttent contre la ségrégation raciale, appelle au boycott de la compétition à quelques jours de l’événement le plus attendu du monde sportif.

Nous sommes le 17 octobre 1968 à Mexico, l’épreuve d’athlétisme des 200 mètres vient de se terminer et les trois vainqueurs s’approchent du podium pour recevoir leurs médailles. Deux Américains figurent au palmarès : Tommie Smith monte sur la plus haute marche première et John Carlos sur la troisième. Tous deux sont afro-américains. Au moment solennel de l’hymne national et du lever de drapeau, les deux athlètes défient alors le monde entier : ils brandissent leur poing ganté de noir avec une paire de gants qu’ils se sont partagés et détournent leur regard vers le sol en signe de protestation. Leur geste symbolique longtemps associé par la presse à celui des Black Panther, ce qui a été démenti par la suite par Tommie Smith, n’en est pas moins fort et se revendique comme un salut pour les droits de l’homme.

Le troisième homme est l’australien Peter Norman qui vient de remporter la médaille d’argent, il est debout et a le regard fixe. Même si sa pose conventionnelle ne le laisse pas présager, il reste néanmoins tout autant acteur de la scène, en arborant comme les deux autres sportifs, le badge de l’Olympic Project for Human Rights.

JOmexico

L’audace des trois hommes, retransmise mondialement, a un retentissement instantané et conduit à une agitation sans limite le jour de la manifestation. La suite de l’histoire raconte que les deux afro-américains ont été radiés du village olympique. Leur carrière fut brisée quant à leur camarade australien, il sera sanctionné par son pays.

Le photojournaliste américain John Dominis, spécialiste de photos sportives, l’œil aiguisé et la gâchette facile, a immortalisé ce moment culte de l’histoire du sport. Lorsqu’il prend le cliché, il ne sait pas qu’à cet instant précis, cette photo lui donnera une renommée internationale. L’artiste avait déjà été remarqué en début de carrière pour ses reportages en 1943 et reconnu ensuite pour son professionnalisme « tout terrain » par le magazine Life qui l’emploie. Il nous a ensuite fait vivre des moments d’exception avec des « photos qui ne se montrent pas » ; sa palette est aussi variée que différente, allant de sujets sportifs à des portraits et scènes de vie de personnalités politiques et de stars, comme les frères Kennedy, Steve Mcqueen et dans un tout autre registre une série sur les félins d’Afrique, une sur la cuisine italienne mais beaucoup d’autres encore.

On peut s’interroger sur l’impact et la médiatisation de ce cliché des « poings levés », il vient certes de la force du message véhiculé par les athlètes, mais surtout de l’image qui nous fait vivre en « live » une situation inédite dans un événement sportif de renommée mondiale, qui se veut apolitique de surcroît : pour la première fois, des hommes utilisent leur performance sportive pour faire passer leurs idées. Par leur geste, ils transforment l’histoire des Jeux Olympiques modernes en une manifestation politique. Ce sera le début d’une nouvelle ère et cette image en inspirera bien d’autres comme celle récente de footballeurs américains genoux à terre, le poing levé, en protestation de la politique de Donald Trump et que l’on gardera aussi en mémoire.

 

NewsLetters

The_situation_room

par | 27 Nov, 2020

Le poing levé sur le podium des JO Mexico de 1968 ou la photo « choc » qui transforme l’image du sport en manifestation anti-raciale.

Pour mieux interpréter l’impact de cette photo emblématique, remettons-nous dans le contexte de l’époque où le racisme est très présent aux Etats-Unis. Le Civil Right Act voté en 1964 pour mettre fin aux ségrégations et discriminations raciales, n’a rien changé aux mentalités. Le climat est à la lutte et au combat et plusieurs organisations politiques antiracistes se créent, comme les Black Panther en 1966. Deux ans plus tard, à quelques mois des Jeux Olympiques, la situation se crispe encore un peu plus avec l’assassinat de Martin Luther King, personnage iconique de la défense des droits civiques des noirs américains. Les tensions vont crescendo lorsque que l’Olympia Project for Human Rights, association cofondée par le sprinter Tommie Smith et dont les actions luttent contre la ségrégation raciale, appelle au boycott de la compétition à quelques jours de l’événement le plus attendu du monde sportif.

Nous sommes le 17 octobre 1968 à Mexico, l’épreuve d’athlétisme des 200 mètres vient de se terminer et les trois vainqueurs s’approchent du podium pour recevoir leurs médailles. Deux Américains figurent au palmarès : Tommie Smith monte sur la plus haute marche première et John Carlos sur la troisième. Tous deux sont afro-américains. Au moment solennel de l’hymne national et du lever de drapeau, les deux athlètes défient alors le monde entier : ils brandissent leur poing ganté de noir avec une paire de gants qu’ils se sont partagés et détournent leur regard vers le sol en signe de protestation. Leur geste symbolique longtemps associé par la presse à celui des Black Panther, ce qui a été démenti par la suite par Tommie Smith, n’en est pas moins fort et se revendique comme un salut pour les droits de l’homme.

Le troisième homme est l’australien Peter Norman qui vient de remporter la médaille d’argent, il est debout et a le regard fixe. Même si sa pose conventionnelle ne le laisse pas présager, il reste néanmoins tout autant acteur de la scène, en arborant comme les deux autres sportifs, le badge de l’Olympic Project for Human Rights.

JOmexico

L’audace des trois hommes, retransmise mondialement, a un retentissement instantané et conduit à une agitation sans limite le jour de la manifestation. La suite de l’histoire raconte que les deux afro-américains ont été radiés du village olympique. Leur carrière fut brisée quant à leur camarade australien, il sera sanctionné par son pays.

Le photojournaliste américain John Dominis, spécialiste de photos sportives, l’œil aiguisé et la gâchette facile, a immortalisé ce moment culte de l’histoire du sport. Lorsqu’il prend le cliché, il ne sait pas qu’à cet instant précis, cette photo lui donnera une renommée internationale. L’artiste avait déjà été remarqué en début de carrière pour ses reportages en 1943 et reconnu ensuite pour son professionnalisme « tout terrain » par le magazine Life qui l’emploie. Il nous a ensuite fait vivre des moments d’exception avec des « photos qui ne se montrent pas » ; sa palette est aussi variée que différente, allant de sujets sportifs à des portraits et scènes de vie de personnalités politiques et de stars, comme les frères Kennedy, Steve Mcqueen et dans un tout autre registre une série sur les félins d’Afrique, une sur la cuisine italienne mais beaucoup d’autres encore.

On peut s’interroger sur l’impact et la médiatisation de ce cliché des « poings levés », il vient certes de la force du message véhiculé par les athlètes, mais surtout de l’image qui nous fait vivre en « live » une situation inédite dans un événement sportif de renommée mondiale, qui se veut apolitique de surcroît : pour la première fois, des hommes utilisent leur performance sportive pour faire passer leurs idées. Par leur geste, ils transforment l’histoire des Jeux Olympiques modernes en une manifestation politique. Ce sera le début d’une nouvelle ère et cette image en inspirera bien d’autres comme celle récente de footballeurs américains genoux à terre, le poing levé, en protestation de la politique de Donald Trump et que l’on gardera aussi en mémoire.

 

NewsLetters

VIF © 2021, Tous droits réservés
Share This