Molotov Man

par | 4 Déc, 2020

Ou comment une photo de l’instant devient icône d’un mouvement.

Lorsque Susan Meiselas prend ce cliché en 1979, cela fait presque un an qu’elle est arrivée au Nicaragua, sans connaître un mot d’espagnol. Car depuis qu’elle a entendu parlé des Sandinistes qui luttent contre la dictature des Somaza, la photographe diplômée d’Harvard, a décidé de quitter son environnement new-yorkais pour témoigner de ce conflit.
Son œil d’anthropologue capte alors la pauvreté du pays, les inégalités aussi bien que la beauté du pays et les ravages de la guerre. Elle gagne la confiance des Sandinistes qui l’autorisent à les suivre au plus près de leur combat, alors qu’ils se rapprochent de la victoire.
Elle a raconté elle-même les conditions dans lesquelles elle a pris cette photo. Ce jour-là, elle se trouve avec des combattants tentant de prendre un des derniers postes de gardes nationaux, abrités derrière un mur de sacs, armés de fusils mitrailleurs. Un des révolutionnaires, Pablo de Jesus ”Bareta” Arauz, remplit une bouteille de Pepsi et avec toute sa détermination et force lance ce cocktail Molotov improvisé devant les yeux attentifs de ses compagnons. 

molotov man

Tout est là dans le cliché : l’instant, l’envie, la bouche tordue, le corps et les muscles tendus, le fusil brandi, le jean, le béret et la croix, la bouteille enflammée, les comparses et le décor. L’homme avec tous ces attributs au centre de la photo devient alors symbole : celui du révolutionnaire convaincu, armé de peu mais de toute sa fougue.  Or, le jour suivant cette photo, le président Somoza est défait, c’est la victoire des Sandinistes. C’est ainsi que  la photo elle-même devient le symbole de la révolution gagnée. Les vainqueurs diffusent largement l’image qui est affichée partout dans le pays, reproduite sur des boîtes d’allumettes et des tee-shirts, à la grande surprise de son auteur.
Plus tard en 2003, sa reproduction sous forme de tableau par le peintre Joy Garnett fait entrer cette photo dans le débat de l’appropriation artistique.

Si ce cliché est le plus connu de Susan Meiselas, il ne peut occulter son formidable travail général qui s’est porté en grande partie dans un contexte très différent, celui des streap-teaseuses de foire ou adolescentes new-yorkaises. Ces séries prises dans les années 1970 n’intéressent pas la presse mais sont tout de même éditées sous les titres “Carnival Stripers” et “Prince Street Girls”. Déjà, son regard humaniste capte sans fioriture et dans tout leur naturalisme ces femmes empreintes de leur contexte urbain ou professionnel souvent peu facile voire âpre. Elle revient à son sujet de prédilection dans les années 1990 via un reportage au “Pandora Box”, boîte de streap-tease dont elle met en exergue la théâtralité, avant de se consacrer plus tard à un travail sur l’identité Kurde.

Au final, le travail de Susan Meiselas a été récompensé par 17 prix internationaux de 1979 à 2016 !

NewsLetters

Molotov Man

par | 4 Déc, 2020

Ou comment une photo de l’instant devient icône d’un mouvement.

Lorsque Susan Meiselas prend ce cliché en 1979, cela fait presque un an qu’elle est arrivée au Nicaragua, sans connaître un mot d’espagnol. Car depuis qu’elle a entendu parlé des Sandinistes qui luttent contre la dictature des Somaza, la photographe diplômée d’Harvard, a décidé de quitter son environnement new-yorkais pour témoigner de ce conflit.
Son œil d’anthropologue capte alors la pauvreté du pays, les inégalités aussi bien que la beauté du pays et les ravages de la guerre. Elle gagne la confiance des Sandinistes qui l’autorisent à les suivre au plus près de leur combat, alors qu’ils se rapprochent de la victoire.
Elle a raconté elle-même les conditions dans lesquelles elle a pris cette photo. Ce jour-là, elle se trouve avec des combattants tentant de prendre un des derniers postes de gardes nationaux, abrités derrière un mur de sacs, armés de fusils mitrailleurs. Un des révolutionnaires, Pablo de Jesus ”Bareta” Arauz, remplit une bouteille de Pepsi et avec toute sa détermination et force lance ce cocktail Molotov improvisé devant les yeux attentifs de ses compagnons. 

molotov man

Tout est là dans le cliché : l’instant, l’envie, la bouche tordue, le corps et les muscles tendus, le fusil brandi, le jean, le béret et la croix, la bouteille enflammée, les comparses et le décor. L’homme avec tous ces attributs au centre de la photo devient alors symbole : celui du révolutionnaire convaincu, armé de peu mais de toute sa fougue.  Or, le jour suivant cette photo, le président Somoza est défait, c’est la victoire des Sandinistes. C’est ainsi que  la photo elle-même devient le symbole de la révolution gagnée. Les vainqueurs diffusent largement l’image qui est affichée partout dans le pays, reproduite sur des boîtes d’allumettes et des tee-shirts, à la grande surprise de son auteur.
Plus tard en 2003, sa reproduction sous forme de tableau par le peintre Joy Garnett fait entrer cette photo dans le débat de l’appropriation artistique.

Si ce cliché est le plus connu de Susan Meiselas, il ne peut occulter son formidable travail général qui s’est porté en grande partie dans un contexte très différent, celui des streap-teaseuses de foire ou adolescentes new-yorkaises. Ces séries prises dans les années 1970 n’intéressent pas la presse mais sont tout de même éditées sous les titres “Carnival Stripers” et “Prince Street Girls”. Déjà, son regard humaniste capte sans fioriture et dans tout leur naturalisme ces femmes empreintes de leur contexte urbain ou professionnel souvent peu facile voire âpre. Elle revient à son sujet de prédilection dans les années 1990 via un reportage au “Pandora Box”, boîte de streap-tease dont elle met en exergue la théâtralité, avant de se consacrer plus tard à un travail sur l’identité Kurde.

Au final, le travail de Susan Meiselas a été récompensé par 17 prix internationaux de 1979 à 2016 !

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